Les Jolies Loques – Théâtre de l’Hyménée

2 événements dans la même soirée,
le Théâtre de l’Hyménée avec les « Jolies Loques » et l’auteur Lucien Suel

C’était le SAMEDI 3 MARS 20h45
à FANJEAUX avec les Arts ont dit

L’auteur JEHAN-RICTUS (Gabriel Randon) relate la vie quotidienne des exclus, des laissés-pour-compte de la fin du XIX ème siècle, dans un argot populaire, qu’on ne se lasse pas de redécouvrir avec étonnement. Un parler, une langue, que l’on entendra encore dans les films des années 30 (Vigo, Carné, Duvivier,…).

Jehan-Rictus parle de sa misère, de son vécu et de ses rêves qui sont aussi ceux de ces milliers d’hommes et de femmes qui errent, qui survivent, petits ouvriers regardant de loin le monde opulent et démonstratif des bourgeois. Son regard est simple, amer, amusé, désabusé sur notre société. Gabriel Randon vécut, adolescent, la misère et le vagabondage dans un Paris qui se reconstruit. Marqué par le souvenir des Communeux, leur courage et leur désespoir, il survit, faisant l’expérience de ce qu’il couchera plus tard sur le papier. Son désir de s’en sortir aiguillonne son plaisir d’écrire ; son talent pour retranscrire le parler des gens de la rue le fait débarquer au milieu des artistes bohêmes de Montmartre.

Si aujourd’hui, la société et ses codes ne sont plus les mêmes, les situations humaines décrites restent d’une troublante actualité.

En 2009-2010, le Théâtre de l’Hyménée produit et crée « RICTUS », adaptation des Soliloques du pauvre. En adaptant d’autres textes du même auteur, il propose un spectacle poétique dans lequel se mêlent dérision et désillusions.

Les jolies loques est un spectacle engagé politiquement et socialement malgré la désinvolture affichée du personnage.

« Faire enfin dire quelque chose à Quelqu’un qui serait le Pauvre, ce bon Pauvre dont tout le monde parle et qui se tait toujours. Voilà ce que j’ai tenté »      Jehan-Rictus, 1897

« Entrez, entrez donc, mon ami, 

Mettez-vous à l’ais’, notre frêre, 

Apportez vos poux par ici »

Un banc public, double, de type parisien 1900. Une forme y est allongée, sombre. Les spectateurs la voient mais s’en indiffèrent, ils vont, s’installent, chuchotent, toussent… La forme dort sur son banc. C’est l’image de la Rue.

Dis, Môm’, tu veux-t’y êt’ ma poule ? J’srai ton « p’tit homm’ », tu sais, j’suis gas ; J’te défendrai, j’te battrai pas, 

Diogène et son tonneau, Don Quijote pris de folie pour combler la misère de sa condition humaine, les clochards de Beckett, Boudu sauvé des eaux, les va-nu-pieds de Villon, ceux de la route de Gaston Couté, ceux de la rue de Jehan-Rictus,… Ils sont légion, depuis la nuit des temps à hanter notre confort, le confort d’une certaine humanité aujourd’hui sclérosée dans une société consumériste.

Le jeu de l’acteur est souple, alliant rigueur et fantaisie, il invite le spectateur à sourire, à s’émouvoir, malgré la force du propos et son actualité. Les mots sortent brûlants de sa bouche.

Résigné et provocateur, désemparé et inspiré, voilà notre personnage – forcément un miroir des spectateurs, parties prenantes à leur insu, partenaires d’un acteur qui devient leur délégué narcissique. Parce qu’il ose ce qu’on n’oserait pas ?

Sur scène, Antoine Chapelot est accompagné de l’accordéoniste Philippe Delzers. La musique, inspirée de chansons populaires de la fin du XIXème siècle, soutient le texte, lui offre des respirations, établit un dialogue – avec discrétion, de loin en loin. Affirmant ainsi une fraternité fidèle et sans faille, entre les deux personnages sur scène, entre la musique et les mots.

« J’aimerai toujours le temps des cerises
C’est de ce temps-là que je garde au coeur
Une plaie ouverte… »

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Parce que vous êtes de sacrés petits veinards, lors de cette soirée vous avez également eu le plaisir de rencontrer Lucien Suel pour une lecture-performance.

Lucien Suel est notamment l’auteur de « Blanche étincelle », aux éditions de La Table Ronde, de « Mort d’un jardinier » (Folio Gallimard n° 5105) et « La Patience de Mauricette » (n° 5273).

Le spectacle était accompagné d’une exposition « De la Commune au cabaret du Chat Noir. Les Communes d’hier et d’aujourd’hui. »