ANIMAL ATTRACTION – Cie Gilles Baron

Animal attraction - Cie Gilles Baron

C’était … à Carcassonne le mardi 10 mai 2011

Le cirque charrie une humanité fragile. Des hommes et des femmes, condamnés à la perfection, viennent au centre de la piste faire briller l’édifice de leur solitude. Ils se sont réfugiés dans la solitude du travail, ont forgé, jours après jours, leur corps pour accomplir leur numéro. Ce numéro, ce trésor -réalisation centrale dans leur vie- lorsqu’ils nous le présentent durant quelques minutes dans le berceau commun, au centre de la piste, ils viennent finalement se libérer sous nos yeux du devoir de répétition pour jouir de l’ivresse de «l’extraordinaire accompli ».

Quand le lieu de la représentation ne leur est plus accessible, que le centre du cercle s’est dérobé. Quand on ne peut plus montrer, dire, ou prouver dans la lumière. Quand l’espace commun est devenu privé. Quand le corps de l’artiste est usé. Quand la perte est commune.
Comment faire vivre ce corps de cirque si longtemps contraint, presque métamorphosé en créature hybride par le travail ? Sont-ils devenus des animaux dressés à l’épreuve du risque, des attractions de foire répondant aux stimuli de leurs tâches quotidiennes ?
Comment s’extraire du passé et faire de la perte un triomphe ?

Dans un espace en latence, un clown sauveur, un être hybride (une femme corbeau), une «tortilleuse» qui rêve d’être une équilibriste au corps d’or, un jongleur lanceur de couteau obsédé par la maîtrise de son lancer, tentent de cohabiter dans le tumulte d’un présent déformé.

Quatre personnages de cirque dressés à la tâche, érodés par le temps, privés d’exploit, questionnent la place de leur corps à présent en marge de la piste.

Des gueules burinées, des traits épaissis, des visages comme sortis d’un brasier… Ils sont échoués dans un royaume délabré à l’abri de la lumière.

Cette tribu n’est plus dans l’enceinte du chapiteau. Elle réside à présent à l’extérieur du cercle. Ils sont condamnés à vivre ensemble et c’est cette vie partagée qui devient le spectacle, non plus leurs solitudes, mais leur société mystérieuse. S’engage alors une révolte poétique, un dialogue charnel : comment vivre ce qui n’est plus, comment jouir de l’abandon ?
Quand leur exploit n’est plus l’échappée mais le temps accumulé. Ils mettent leur vie en examen pour en reprendre possession. Une sorte de tribu errante et sublime confrontée à son impuissance.

Des gueules burinées, des traits épaissis, des visages comme sortis d’un brasier…
Ils sont échoués dans un royaume délabré à l’abri de la lumière.